cezanneetMoi

J’ai beaucoup aimé le film de Danièle Thomson « Cézanne et moi » qui rend compte de l’amitié de deux artistes hors du commun, le peintre Paul Cézanne et l’écrivain Emile Zola. Seul bémol pour moi :l’accent provençal que prend l’excellent acteur Guillaume Galienne dont j’apprécie tant le phrasée dans l’émission de France-Inter « ça peut pas faire de mal ».

Mais le personnage qui m’a le plus touché est Alexandrine, Madame Zola. Connaissez-vous son histoire ?

Avant de connaître Zola, Alexandrine s’appelle Gabrielle. Elle est blanchisseuse. Elle se marie à Emile Zola lorsqu’elle a 25 ans. Mais dans sa prime jeunesse, elle s'était retrouvée enceinte. Elle donne naissance à une fille prénommée Gabrielle Caroline. Elle est contrainte d'abandonner son enfant,suite àla dureté de la vie de la classe pauvre à laquelle elle appartient au 19ème siècle. -Le  bilan du « registre des enfants trouvés » de la seule ville de Paris donne un chiffre pour le mois de mars 1859 de 323 enfants (276 sont abandonnés – 29 trouvés et 19 orphelins)-.Le chiffre des enfants présumés naturels est de 7 fois supérieurs aux enfants légitimes. Il faut aussi s’imaginer que tous les enfants abandonnés ne se trouvent pas dans ces statistiques de l’Assistance Publique… beaucoup de nourrissons sont aussi victimes d’infanticide. Qui abandonne ?  Les plus humbles : les domestiques (engrossées souvent par leurs patrons), les couturières, les journalières… Quant aux causes d’abandons : la « lâcheté de l’homme » : c’est à la femme seule, la mère, à porter le poids de la honte, de la souffrance. A l’enfant on mettait un collier inamovible (Zola l’évoquera dans Nana). Ensuite venait l’effroyable odyssée des enfants abandonnés. Des nourrices étaient recrutées qui souvent n’avaient aucune empathie envers le nourrisson, mais faisaient cela pour l’argent. Bien souvent l’enfant mourrait faute de soins convenables. C’est ce qui est arrivée à la fille d’Alexandrine Zola. Il s’avère qu’une fois mariée à Emile, Alexandrine ne put  avoir d’enfant. Le couple se mit en quête pour retrouver  l’enfant abandonnée. Zola avait un grand amour pour sa femme. Ils découvrirent alors que la petite Gabrielle était morte 3 semaines après sa naissance. J’imagine le chagrin et le poids de culpabilité de Mme Zola. C’est sans doute à cause de ce parcours que bien plus tard, elle s’occupera des deux enfants adultérins que Zola eut avec Jeanne Rozerot la maîtresse de l’auteur.

Cette histoire m’avait beaucoup touchée lorsque j’ai lu l’excellent livre d’Evelyne Block-Dano : « Madame Zola » (1997) car mon grand-père né à la fin du 19ème siècle était aussi un enfant abandonné élevé par  l’Assistance Publique. De plus Alexandrine était blanchisseuse, comme certaines de mes aïeules.

Alexandrine sera la seule rescapée de cette effroyable nuit où le couple sera intoxiqué(1902) par le gaz carbonique d’une cheminée qui tirait mal. Un assassinat ? mais cela est une autre histoire.....

Madame Zola mourra en 1925 à l’âge de 86 ans .

Alexandrinele couple Zola